Spiritualité Dominicaine

Quelques textes dominicains de spiritualité au XX° siècle


Le frère Jean-René Bouchet, trop tôt disparu en 1987, a été prieur provincial de la province dominicaine de France.
Il est l'auteur de divers livres de spiritualité, dont "Si tu cherches Dieu", d'où sont tirées ces citations.



La prière

La prière te fait découvrir que le lieu où Dieu vient, c’est ton cœur. Ne pas confondre avec ton épiderme. Ton cœur, ce sont tes racines secrètes. C’est là que tu descendras pas à pas, sans te hâter. Aimer à la va-vite n’est pas aimer. Prends le pas des marcheurs de longues randonnées et descends dans ton cœur. Les psaumes te diront les misères et la beauté du cœur de l’homme. Il est double, ténébreux, enténébré, fermé. Lorsque Dieu le visite, il se brise pour mieux s’ouvrir, il exulte, il jubile, il chante, il bondit, il brûle. Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu.

Le matin et le soir...

Le matin lorsque tu t’éveilles et le soir quand tu te couches, signe-toi et souviens-­toi de ton baptême. Un instant seulement. Que ce moment où tu as été greffé sur le Christ, où tu l’as revêtu, où il est venu chez toi ne soit pas un souvenir, dont tu n’aurais d’ailleurs aucune mémoire anec­dotique, mais ce sceau sur ton cœur que rien ni personne, ni la mort ni le péché ni le reniement ne peuvent, effacer. Ton bap­tême a créé en ton cœur un lieu d’où tu peux toujours partir pour aller à la suite du Christ, où tu peux toujours revenir, car il t’y attend.

L'Église

Tu as peur de l'Église et tu la méprises un peu. Lorsque tu l'as rencontrée, tu aimais la beauté de sa liturgie, la générosité de certains de ses prêtres, les monastères, les chrétiens engagés.

Aujourd’hui, tu me chantes un autre air. Tu dis l’Église dure, inconséquente, men­teuse ; tu l’accuses d’user de poids et mesu­res différents selon le client. Tu veux en être sans en être et tu ne comprends pas toujours que j’en sois.

Séparer Jésus de l’Église et l’Église de Jésus comme on distingue l’œuvre de l’auteur, le fruit de l’arbre, le fleuve de la source est facile et mortel. Les purs de tous les temps en ont rêvé. D’un côté Jésus, sa présence, son rayonnement, son intégrité; de l’autre l’Église, qui oscille toujours entre l’image de la Vierge Mère et celle de la prostituée.

L’Église n’est pas un moindre mal. Elle est ce lieu paradoxal, humain, très humain, dans lequel vit et agit l’Esprit de Dieu, le lieu de cette secrète alchimie où Ève rede­vient Marie, où l’humanité naît à son visage d’éternité.

Pierre Claverie était l'évêque dominicain d'Oran, en Algérie, assassiné le 1° août 1996 avec son chauffeur Mohamed, quelques mois après les frères de Tibhirine.

Priez sans cesse!

Priez sans cesse ! Saisissez la moindre occasion d'ouvrir vos portes, vos cœurs, vos mains pour prendre le temps de laisser Jésus dessiner en vous son visage… Ce moment de crise, d'épreuve, d'ébranlement est peut-être une chance unique de vous laisser atteindre par Dieu et de trouver avec Jésus et par Jésus un goût de vivre et d'aimer plus intense, comme un nécessité intérieure qui s'impose quand on a perdu ses certitudes, ses défenses et ses pauvres moyens.
Priez sans cesse !

Les choix qui révèlent ce que nous sommes

En toute vie, il y a des heures où les choix révèlent ce que nous portons en nous et ce que nous sommes. Ce sont généralement des heures sombres. Il est possible de vivre longtemps en évitant le dévoilement de la vérité. Nous sommes très habiles à l'empêcher et nous nous employons généralement à le faire car elle nous gêne. Souvent même, nous y consacrons le meilleur de nos éner­gies. Parfois le masque tombe, la vérité jaillit, la réalité fait exploser le décor qui la cachait. Ce sont des temps de violence, de désarroi : crises et ruptures entraînent de véritables morts. Si loin et si longtemps que nous ayons fui, nous serons amenés à cette heure de vérité. Jésus nous apprend à regarder cette heure en face et à ne pas l'escamoter. Douce ou violente, accomplissement ou arrachement, nous avons à intégrer cette mort comme la réalité la plus révélatrice du poids de notre vie.

Tout cela s'accomplit dans le Mystère pascal. Non pas seule­ment dans ces jours où la vie et la mort s'affrontent au Golgotha, mais dans le mouvement de l'existence croyante qui se déroule sous le signe du passage de la mort à la vie. La mort n'est plus alors la clôture sur laquelle vient buter toute espérance mais le seuil d'une vie nouvelle, plus juste, plus forte, plus vraie. Elle n'est plus la négation de la vie mais la condition de sa croissance et de sa fécondité. Qui veut vivre sait la nécessité des ruptures et des morts où l'on a l'impression de tout perdre. Pas de vie sans dépossession car il n'y a pas de vie sans amour et sans don de soi-même dans une confiance désarmée. Aimer quelqu'un, n’est-ce pas le préférer à sa propre vie ? Sans la mort, il n’y a rien que nous puissions préférer à nous-mêmes. Être prêt à donner sa vie pour quelqu'un est la preuve décisive de notre amour. En deçà de ce don, nous n’avons pas encore aimé, ou du moins, nous n’avons aimé que nous-mêmes.

Frère Damian Byrne fut Maitre de l'Ordre de 1983 à 1992.

La meilleure tradition de l'Ordre est visible quand notre prédication est une proclamation joyeuse de la Parole de Dieu vivante et vivifiante.

Humbert de Romans écrit : « L'étude n'est pas la fin de l'Ordre, mais elle est au plus haut point nécessaire aux fins de l'Ordre, c'est-à-dire à la prédication et au salut des âmes, car sans l'étude nous ne pourrons obtenir ni l'une ni l'autre de ces fins ». Si nous sommes des prêcheurs, nous sommes aussi des étudiants. Le jour où nous cessons de lire et de réfléchir, nous cesserons bientôt d'être des prêcheurs efficaces.

Nous sommes appelés à recevoir et à embrasser la Parole de Dieu partout où nous l'entendons. Dominique passa la nuit avec son hôte ; l'attention de Las Casas aux différences entre l'Espagne et le « Nouveau Monde » a exigé une nouvelle forme de prédication prophétique. L'attention de Catherine aux signes de son temps l'a poussée à prêcher la compassion aux victimes de la peste noire mais aussi à proclamer la vérité comme elle la voyait, non seulement aux politiciens, mais aussi aux cardinaux et aux papes.

L'évêque Diego et Dominique ont vu l'incapacité de l'Église de leur temps à répondre avec efficacité au mouvement albigeois. En vivant au milieu d'eux, en apprenant d'eux et en les écoutant, ils développèrent une nouvelle catéchèse. L'Église avait besoin d'adopter les valeurs authentiques présentes dans le mouvement albigeois, et en même temps de proclamer les valeurs authentiques que les albigeois avaient choisi d'ignorer. C'est ce que nous entendons par prédication doctrinale, la prédication de la « vérité complète » de l'évangile. Le défi des albigeois fit naître une réponse créative en Dominique et en Diego. Quels sont les défis qui invitent à une réponse créative dans notre prédication aujourd'hui ?

Du frère Serge de Beaurecueil

Le frère Serge de Beaurecueil, dont la longue vie a couvert le 20° siècle, a vécu de longues années à Kaboul et a publié notamment "Nous avons partagé le pain et le sel" et "Mes enfants de Kaboul" dont est extrait ce texte.

Mutations, remises en question, crises de toutes sortes, recherche tâtonnante de formes nou­velles, tout, dans les temps que nous vivons, semble aller à l’encontre de cette "fidélité" dont on nous a si longtemps rebattu les oreilles. Fidélité au baptême, fidélité aux vœux, fidélité à la Règle, etc., toutes choses qui relèvent du passé, et qui semblaient engager notre avenir dans des voies prévisibles, immuables, éprouvées. Sécurité d’avoir choisi sa ligne et de s’être mis sur les rails. Rester ce que nous avions rêvé d’être à vingt ans, lors de ce don que nous avions fait de nous-mêmes, dans la générosité et la jeunesse de notre cœur...

Nous n’avions pas compté sur les séismes, boulever­sant le paysage, ébranlant le ballast. Suivre les rails risque de nous conduire au précipice. Rafistoler la voie n’y changerait rien ou presque. Tout lâcher, sous prétexte qu’on ne savait pas, que les engagements passés ne sont plus tenables? Ce n’est pas mieux que de s’y cramponner en fermant les yeux.
J’y pense souvent, moi qui, à dix-huit ans, avais choisi la vie dominicaine, en grande partie pour la liturgie, les observances, ta vie conventuelle, et l'habit... y compris la rasure! A soixante ans, je suis servi ni habit, ni liturgie, ni observances, à plusieurs milliers de kilomètres de mon couvent que je n’ai pas revu depuis plusieurs années, noyé dans des activités purement "profanes". Rien de ce à quoi j’avais pensé, à part le fait d’être au loin, en pays non chrétien. Et parfaitement "bien dans ma peau", par-dessus le marché! Serais-je infidèle? N’ayant ni le temps, ni le goût de penser au passé, ni pour le regretter, ni pour vouloir y revenir, me voilà amené à concevoir, la fidélité autrement que par rapport à lui et aux divers engagements qu’il comporte.

Laissons les rails pour la marche à l’Etoile. Une fois partis, les Mages oublient leurs livres. Être fidèle, c’était pour eux ne point s’y cantonner, mais se mettre en route, puis aller de l’avant en pays inconnu, les étapes succédant aux étapes, imprévisibles, jusqu’à Jérusalem et à la crèche. Fidélité au jour le jour, les yeux tournés vers l’astre et vers l’avenir. Ce qui importe, c’est de répondre, au jour le jour, à un certain appel. Dieu est fidèle (et Lui seul!), son appel étant pour toujours, et nous harcelant sans cesse, pour que nous n’estimions pas être quittes, parce que nous lui avons répondu une fois, autrefois. Car nos réponses sont toujours ambiguës, fragmentaires, à la mesure de notre intelligence et de notre amour du moment, dont nous n’avons jamais à être fiers.

Quand même aurions-nous fait, à un moment donné nos voies des voies de Dieu, tout est toujours à recommencer, à reprendre. La fidélité n’est finalement que l’ouverture au souffle de l’Esprit, nous conduisant où il veut et comme il veut, brouillant nos pistes pour qu’il soit bien sûr que c’est Lui qui mène la danse. La fidélité ne consiste qu’à emboîter le pas. Que nous l’ayons fait un jour, c’est bien. Que nous le fassions aujourd’hui, autrement peut-être, c’est mieux. Que nous le fassions toujours, quelle que soit la cadence, faisant fi de nos prévisions, c’est ce vers quoi nous devons tendre, et c’est alors que nous serons fidèles. Nous mettre au pas de Dieu, jour après jour...

Pour nous, que sera demain? Peu importe. Certainement pas ce que fut hier, en tout cas! Dieu seul connaît: et fait notre route. La fidélité consiste à la suivre, la découvrant pas à pas. L’itinéraire, imprévisible, parfois apparemment insensé, ne nous apparaîtra qu’ensuite, quand nous l’aurons parcouru, dans sa. sagesse ineffable.
Plus de rails? Quelle libération! Acceptons la marche à l’Etoile! Et que, tournés vers l’avenir, attentifs aux signes de Dieu, nous allions toujours de l’avant, vers son Royaume!

Un texte du Père Dalmace Sertillanges (1863-1948)

Professeur à l’Institut Catholique de Paris pendant 22 ans. Directeur spirituel très recherché. Une conférence sur la paix prononcée en 1917 lui valut une interdiction de prêcher, levée sur l’intervention de Pie XII après 17 ans de silence.

« Saint Thomas place le traité de la loi à côté du traité de la grâce sous la rubrique générale des principes qui poussent l'homme à la béatitude. La béatitude est ce qui dans notre doctrine commande tout. C'est le premier mot du Sermon sur la Montagne... Il ne s'agit que de rendre l'homme heureux. Dès lors, pourquoi toujours présenter la loi religieuse comme une exigence? C'est un secours. Il faudrait la faire désirer par nos auditeurs, la leur faire aimer, comme le moyen de ce qu'eux-mêmes recherchent. …] Quand nous parlons des choses pénibles à la nature, n'oublions pas d'en souligner la grandeur. Les âmes sont faites pour la grandeur et elles l'aiment. Nous les arracherons ainsi à leur faiblesse; en tout cas, nous leur en donnons le désir. Quand nous blâmons l'erreur et le mal, faisons en sorte que leur victime ait aussi-, tôt le sentiment de ce qu'on y substitue d'heureux, de plus heureux que le faux bonheur ou la fausse satisfaction qu'elles y cherchaient. »

Mère Marie de Saint-Jean (1876-1969) fut la fondatrice des Dominicaines missionnaires des campagnes.

Elle est une fleur magnifique
qui ne s'épanouit que dans les hauteurs.
L'altitude est le terrain qui convient à sa beauté.

Ce n'est point orgueil de sa part,
Dieu l'a créée ainsi.
À moi, il faut le lierre et les sous-bois pour m'abriter.
Ce n'est point humilité de ma part Dieu m'a créée ainsi.

À quoi servirait de vouloir être grandes
si Dieu nous a créées petites ?
À quoi servirait de vouloir être petites
si Dieu nous a faites grandes ?

Chaque chose est belle à sa place.
À vouloir la mettre sous l'herbe, on l'étoufferait,
à vouloir me transplanter sur les hauteurs, on me ferait périr
Il n'y aurait bientôt plus
que deux cadavres
au lieu de deux belles œuvres de Dieu.

Soeur Marie de la Trinité, dominicaine missionnaire des campagnes, est une mystique du XX° siècle (1903-1980)

Père Saint, éclairez moi Montrez-moi

comment vivre en votre vie

Toujours, en tout, de plus en plus,

Simplement, profondément, exclusivement.

Le Père Chevignard, dominicain du siècle dernier et neveu de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité, fut maître des novices à la sortie de la deuxième guerre mondiale. Il a formé plusieurs générations de jeunes frères à la vie dominicaine.

Le feu dont nous devons être brûlés, c’est celui-là même qui a brûlé le cœur du Christ, c’est un feu qui n’est pas de la terre, un feu qui vient de Dieu. C’est le feu de son Esprit d’amour en qui nous avons tous été baptisés.

C’est la volonté de Dieu que quelque chose brûle en nous et nous fasse mal. […] Allume quelque chose dans mon cœur, quelque chose de vrai, quelque chose que rien ne puisse éteindre ; ni échec, ni âge, ni lassitude, […] quelque chose d’humble et de doux, qui vienne de Toi.

Sur les chapitres

Nous aimons dire que nous « célébrons » un chapitre, comme une action de grâce.

Nous célébrons, d’abord, la force de l’Esprit qui nous unit et qui nous porte dans l’aventure de la fraternité apostolique.

Célébrer le don que sont les frères, leur générosité, leurs intuitions apostoliques, la manière propre à chacun, comme l’exprime une antienne à Saint Dominique, de manifester la tendresse et l’humanité de notre Sauveur.


Célébrer le don du pardon, et celui de l’espérance qui, mystérieusement, fait traverser certaines impasses, dépasser bien des difficultés et reprendre cœur, pour poursuivre le chemin.

Célébrer la confiance avec laquelle Dieu soutient les manières dont nous engageons nos libertés pour tenter, par des paroles ou par des gestes, de faire entendre la Parole de vérité.

Célébrer l’Esprit dont nous croyons qu’il peut enraciner en nous un amour du monde tel que nous pourrions oser inventer du nouveau, répondre à de nouvelles urgences pour la prédication, ouvrir nos cercles sans crainte, afin de nous affronter ensemble à ce qui, en ce monde, fait fracture et met l’homme en péril.

Sur l'évangélisation

Ces temps-ci, invité à pren­dre le chemin de l'évangélisation, il me semble que l'Ordre est plus que jamais ap­pelé à mettre la Parole au cœur de la vie des communautés, au cœur de la célébration et de l'étude, et à la porter comme un feu au cœur du monde.

Nos communautés, et tout spé­cialement les monastères, ne sont-ils pas des lieux sources où puiser la Parole, la recevoir comme une bonne nouvelle, de­meurer en elle pour qu'elle éta­blisse en nous sa demeure ? j'aime bien penser à la consécra­tion de notre vie pour et par l'évangélisation comme le che­min qui nous est donné pour en­tendre cette phrase du Fils :

« Consacre les dans ta vérité ; ta Parole est vérité ».

Le Père Yves Congar (1904-1995) fut un des théologiens qui influença le Concile Vatican II, actif notamment dans le domine de l'ecclésiologie et de l'unité des chrétiens.

Si Dieu est personnel et s'il nous a faits à son image, il est normal qu'il nous parle et d'abord qu'il nous appelle. Pouvoir être appelé par Dieu est pour l'homme le signe de sa transcendance, en même temps que de sa liberté. Cela montre que l'homme n'est ni déterminé à une seule attitude, ni limité à ce qu'il porte en lui : c'est cela la marque de sa transcendance. Mais cette transcendance même le situe en la libre dépendance d'un autre qui veut l'attirer à soi ou le faire participer à son œuvre. Par la révélation, Dieu nous appelle et nous parle ; nous lui répondons par la foi.

Toute la vie chrétienne est fondée sur cette possibilité, mieux, sur cette réalité d'un appel. Il n'y a pas seulement le premier et fondamental appel de la foi, il y a ceux, quotidiens, au service, à la prière, au sacrifice, bref à tout cet ordinaire qui est tout autre chose et même le contraire de l'habitude, puisque c'est une sollicitation toujours nouvelle et imprévue de notre liberté de réponse. Le saint est quelqu'un de disponible, il attend des ordres.

Né en 1864, il prit l’habit de Saint Dominique en 1887, et vécut à l’ermitage de la Sainte Baume pendant plus de trente ans. Son rayonnement spirituel fut intense. Élu Provincial en 1932, il mourut en 1940. Il est enterré dans le petit cimetière derrière l’hôtellerie de la Grotte de Marie-Madeleine. Des extraits de son abondante correspondance spirituelle ont été publiés dans un livre de Marcelle Dalloni, en 1958.

« Seigneur, tout ce que vous voulez, parce que vous le voulez ». Vivons là, et de cela.

On va chercher la perfection bien loin, très souvent, et elle est là, à nos côtés en tout ce qui arrive. Tout nous l’apporte, et il suffirait de lui ouvrir portes et fenêtres. Mais on n’a garde de le faire, on se concentre en soi, dans le pauvre Moi, dans lequel on s’obstine, et où on s’enferme. Sortons-en pour entrer dans cette divine volonté dans laquelle nous sommes, en réalité, plongés comme le poisson dans l’eau.

On oublie trop que nous sommes des êtres conduits, dirigés, portés même, qu’il n’y a pas un cheveu de nos têtes qui tombe sans permission, et que tout, absolument tout, converge et conduit à notre bien.

Tout est amour puisque tout vient de Dieu, Amour infini. Et en vérité, en tout ce qui arrive on est aimé. Tout est un battement du cœur divin. Se sanctifier, c’est se laisser aimer. Bien comprendre cela, c’est avoir fait un grand pas dans la vie spirituelle.

Soyons contents de n’être rien, de ne pouvoir rien, de sentir notre misère. Elle est un vrai trésor, car elle nous expulse de nous-mêmes, nous porte et nous établit en Dieu pour y puiser notre unique force. Quel écueil dans les œuvres de Dieu que de valoir et de pouvoir humainement quelque chose !

Le Père M.-D. Molinié, dominicain et thomiste, né en 1918 et mort en 2002, converti après des études de philosophie pendant lesquelles il est devenu ami de Cioran, a été foudroyé par les intuitions de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Au jour du jugement, tout ce qui nous désole et nous inquiète dans notre vie, Dieu y jettera à peine un coup d’œil ; c’est de la misère, et la misère est faite pour la miséricorde comme le blé pour le moulin.

Le secret de l’Évangile, c’est tout simplement le mystère insondable de la miséricorde. Et c’est pourquoi, au-delà des pécheurs et même des enfants, il y a encore dans l’Évangile quelque chose de plus profond ou plutôt quelqu'un, il y a un certain visage...

connaître le Père Molinié