Rosaire

Histoire du rosaire

Aux premiers siècles chrétiens, les moines d’Orient, outre la récitation des psaumes, s’abreuvaient spirituellement à la Prière de Jésus par la répétition indéfinie du cri du lépreux : « Jésus, Fils du Dieu vivant, pitié de moi, pécheur » ; le Nom de Jésus passait peu à peu des lèvres au cœur. À cette source, nous recourons aujourd’hui encore. Les pères du désert avaient aussi coutume d’invoquer Marie : « Très sainte Mère de Dieu, ma souveraine, pitié de moi, pécheur ! » Après le concile d’Éphèse en 431, la liturgie invitera les fidèles à saluer la Theotokos – la Mère de Dieu ‑ par des litanies : « Salut, sommet inaccessible à la pensée humaine ; salut épouse vierge… »

En Occident, vers l’an 1000, des frères convers, bénédictins en particuliers, qui n’entendaient pas le latin, avaient coutume de réciter 150 Pater à la place des 150 Psaumes : pour ne pas perdre le fil, ces moines se servaient de cordelettes avec des nœuds ou des coquillages, trois chapelets de cinquante grains appelés précisément patenôtres. Vers l’an 1100, on commence les à utiliser pour compter les Ave Maria. En effet, la piété des Fidèles s’est alors plu à honorer Marie, - rose mystique -  par l’offrande de roses, comme le vassal offrait des roses à son suzerain au douzième siècle. Le Rosaire, tressé de la salutation de l’ange Gabriel, devenait une couronne de roses offertes à Dame Marie.

Tel que nous le prions aujourd’hui, le Rosaire s’est constitué plus tardivement, œuvre, semble-t-il, de chartreux d’un couvent de Lorraine. Au XVème siècle, pour répondre à la piété de la duchesse de Marguerite de BAVIERE, le prieur du couvent de Marienfloss lui propose de prier l’Ave Maria. Pour échapper aux reproches autrefois adressés à Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi », il lui suggère d’unir l’Évangile et le chapelet ; la duchesse Marguerite méditera des textes sacrés pendant que ses lèvres prononcent les Ave Maria. La prière vocale devient méditation.

Au même couvent, Henri Kalkar subdivise les 150 Ave en 15 dizaines intercalées par un Notre Père : et son confrère, Dominique de Prusse, chartreux lui aussi, joint aux 15 dizaines ds petites clausules associées à la vie du Christ et de Marie : joie de l’enfance, douleur de la passion et de la mort de Jésus, glorification de sa résurrection et de la nôtre.

En 1464, le bienheureux Alain de la Roche, dominicain, organisa ces clausules en 3 séries selon la vie du Christ, Incarnation, Croix, Résurrection. Et un peu plus tard, un autre dominicain, Alberto de Costello, désigna ces méditations du terme de mystère, joyeux, douloureux, glorieux (1521). Le Rosaire que nous connaissons était constitué. En 2002, le pape Jean-Paul II a proposé une quatrième série de mystères, ceux de la vie publique de Jésus, les mystères lumineux. C’est notre Rosaire actuel.

Alain de la Roche attribuait à saint Dominique cette forme de prière pour lutter contre l’hérésie : cela n’est pas avéré. Cependant, depuis les origines de l’Ordre des Prêcheurs, les frères, les sœurs et les laïcs des fraternités et béguinages aimaient égrener les Ave Maria en méditant sur les Joies et peines de Notre-Dame, cherchant à tresser à la Mère de Dieu des couronnes de roses analogues à celle que plus tard Fra Angelico placera sur la tête de ses élus.

Alain de la Roche et les Prêcheurs répandirent au XVIème siècle la dévotion du Psautier de Notre-Dame et les confréries mariales. Lorsque saint Pie V réussit à mettre sur pied une croisade navale contre les Turcs, il mobilisa spirituellement à cette intention les confréries du Rosaire. La victoire de Lépante (7 octobre 1570) fut saluée comme une |réponse de Marie et le Pape autorisa les Prêcheurs à en commémorer l’anniversaire par me fête de Notre-Dame de la Victoire.